Pour la 3e année Valimage installée à Tavers et active dans la région Loiret présente in situ son festival Superpause, occasion d’une ballade dans ce petit village rural. Trois expositions principales, l’une historique redonne une actualité à la pratique si diverse de Jenny de Vasson, la seconde fait suite à la récente résidence LIGER de l’artiste polonaise Marta Bogdanska et la dernière préfigure la résidence croisée entre le Centre-Val de Loire et l’État du Tamil Nadu en Inde qui expose le travail d’un photographe documentaire et tireur Arun Kumar. Deux restitutions d’atelier montrent d’un côté les Portraits amateurs de l’association de l’autre les Jeux vidéo produits par les jeunes du programme Aux arts Lycéens. L’association Dis moi Tavers installe dans le jardin de la Mairie des images du patrimoine paysager de la ville.
Valimage qui est dynamique depuis 1991 préparait depuis trois ans l’ouverture d’un lieu d’exposition, une grange face à l’ancienne école où sont ses bureaux. Soutenu par la DRAC et la Région ce projet équilibré financièrement devait recevoir l’accord de la Communauté de communes. 19 maires sur 25 ont voté à bulletin secret contre cette réalisation la rendant impossible. Cette décision aussi incompréhensible qu’injustifiée est un signe de plus que nos politiques de tous bords se moquent de la culture. Il est pourtant prouvé qu’un euro investi dans ce domaine rapporte un euro cinquante. Rappelons que Mme de la Morançais proche d’Edouard Philippe a sinistré le budget de la culture dans les Pays de la Loire, tout récemment c’est le maire LFI de Creil qui a supprimé d’un trait le festival Usimage actif depuis 10 ans sur le patrimoine industriel, c’est le maire divers droite de Carcassonne qui l’an dernier a supprimé les crédits du festival Fictions documentaires organisé par le GRAPh à Carcassonne depuis 7 ans, avant que la ville ne passe au RN. On a vu depuis les dernières municipales les maires de ce parti d’extrême-droite à Vauvert, Castres, La Flèche, la Seyne-sur-Mer exercer leur haine de la culture. Toutes ces censures économiques avant les présidentielles font le lit de l’extrême-droite bientôt au pouvoir.
Pour Tavers Superpause apparait donc comme la meilleure réponse à ce coup de force politique réaffirmant qu’une programmation de qualité dans sa diversité est possible dans le cadre rural, avec ses bénévoles actifs, ses amateurs au travail, des artistes professionnels en résidence qui établissent de nouvelles relations avec les publics locaux et régionaux. Aux côtés d’Éric Chevalier la programmation de cette édition se fait grâce à Carine Dolek qui collabore aussi à l’équipe féminine de direction du meilleur festival européen se tenant dans la Capitale Circulations. C’est là qu’il y a trois ans nous avions eu la première révélation du travail de Marta Bogdanska, elle avait déjà produit sa bible documentaire de 850 pages « Shifters » sur les archives témoignant du rôle des animaux dans la guerre. Sélectionnée comme les autres candidats à une résidence par un jury professionnel, elle a décidé de travailler sur les archives familiales des habitants des deux villes proches de Tavers et Baule.
Née en 1978 en Pologne Marta Bogdanska, photographe et cinéaste, possède une maîtrise de philosophie et un diplôme en étude de genre de l’Université de Varsovie. Auprès des habitants des deux villes elle a récolté des vues domestiques qu’elle a customisées avec des éléments floraux, plantes et autres plumes. Elle a choisi des groupes familiaux en situation de fête et des habitations diverses. Sur chacune son intervention est singulière, ne manquant pas d’humour signalé par le titre « À beau jeu beau retour ». Des vues atmosphériques du paysage constituent des contrepoints forts à ces images moins légères qu’elles paraissent. Avec ces collages matiéristes, elle questionne les images intimes des communautés familiales. Elles sont présentées en demi-cercle sur une plaine faisant face à l’étang dit des Eaux bleues.



Sur les balustrades longeant le chemin repartant vers la ville sont accrochées les photographies de Jenny de Vasson (1872-1920) prêtées par le Musée George Sand et de la Vallée Noire de La Châtre dont elle était originaire. Issue d’une famille bourgeoise et fille de magistrat elle aborde sa pratique de l’image en 1899 qu’elle exerce aussi dans ses nombreux voyages en France et en Europe. Malgré diverses destructions on a conservé plus de 5000 images. C’est Jean-Marc Zaorski qui en 1982 a fait connaitre son œuvre avec la publication chez Herscher de son livre « Jenny de Vasson, une femme photographe au début du siècle ».


Saisissant ses modèles sans qu’ils posent, elle exerce un regard d’une belle simplicité dont Marguerite Yourcenar témoignait ainsi « Ces photographies admirables de ruraux de début du siècle évoquent une paysannerie éternelle, comme certaines figures de Le Nain ou de Breughel. Ces jeunes femmes en robes blanches marchant dans l’herbe ou traversant la cour d’un vieux château sont les sœurs des Jeunes filles en fleurs, leurs contemporaines. »
Retour des « Eaux bleues » en suivant le chemin vers la ville à l’extérieur du premier grand lavoir on rencontre les deux premiers tirages d’Arun Kumar de sa série « Same River ». En lumière naturelle elles témoignent visiblement de ses qualités de tireur. Pour la réaliser il est retourné après la pandémie de la Covid vers le fleuve Cauvery témoin de son enfance. Sa permanence l’interroge face à l’évolution humaine des communautés rurales dans une confrontation longue. Deux autres lavoirs lui offrent une mini galerie en plein air qui permet d’apprécier la qualité de ses tirages, révélant de façon expressionniste ses moments exaltés au contact du fleuve. Nul doute que la Loire lui offrira pendant sa résidence d’autres occasions d’images de nature pour poursuivre ce projet engagé.



